Le 14 mai 2012, un incendie s’est déclaré au premier étage d’une tour d’habitation collective de dix-huit étages à Roubaix. Les flammes se sont propagées avec rapidité à travers l’ensemble de la structure, forçant l’évacuation d’urgence des résidents de l’immeuble qui étaient au nombre de deux cent cinquante. Une femme âgée de soixante-dix ans, demeurant au dix-septième étage, n’a pas pu échapper aux fumées toxiques et a succombé. L’examen médico-légal a révélé un décès par asphyxie consécutif à l’inhalation de gaz d’incendie.
Les investigations ont établi que l’incendie a commencé sur le balcon d’un logement au premier étage. Des matériaux et équipements combustibles s’y trouvaient entreposés. Dès les jours suivant le sinistre, les autorités ont ouvert une enquête en recherche des causes de la mort. Plusieurs personnes ont été entendues : les premiers intervenants, les résidents de l’immeuble, les pompiers et les occupants du logement d’origine. En juillet 2017, soit cinq années après le sinistre, Mégane Mayslin, qui occupait le logement du premier étage lors de l’incendie, a été mise en examen pour homicide involontaire. Elle a été placée sous contrôle judiciaire. Au cours de ses auditions, elle a affirmé ne pas avoir fumé en dehors du salon et avoir éteint sa cigarette dans un cendrier, réfutant l’hypothèse d’avoir jeté un mégot par une fenêtre ou de l’avoir laissé sur le rebord du balcon. Parallèlement, d’autres personnes impliquées dans la conception et la réalisation de l’immeuble ont été placé sous le statut de témoins assistés : Gilles Neveux, architecte ayant dirigé les travaux de rénovation des façades, la société Tim Composites qui avait fourni le bardage en Alucobond et l’EPIC Lille Métropole Habitat, bailleur social propriétaire de l’immeuble.
Après treize années d’instruction marquées par des expertises multiples et des contre-expertises, le juge d’instruction a rendu une ordonnance de non-lieu le 16 octobre 2025. Un appel a été interjeté à l’encontre de cette ordonnance le 29 octobre 2025. La chambre de l’instruction du tribunal judiciaire de Lille a tenu une audience le 17 février 2026, au cours de laquelle le procureur général a estimé qu’il n’existait pas de charges suffisantes à l’encontre de Mégane Mayslin et a recommandé l’abandon des poursuites à son encontre. En revanche, il a demandé à la Cour d’ordonner un supplément d’information visant à mettre en examen l’EPIC Lille Métropole Habitat pour homicide involontaire, fondant son argumentaire sur plusieurs manquements reprochés au bailleur social.
Après délibération, la chambre de l’instruction a rendu sa décision le 24 mars 2026. Elle a confirmé l’ordonnance de non-lieu à l’égard de Mégane Mayslin, Gilles Neveux et de la société Tim Composites. En revanche, elle a ordonné un supplément d’information à l’encontre de l’EPIC Lille Métropole Habitat pour homicide involontaire. La cour a estimé qu’il existait des indices graves et concordants de culpabilité. Elle a retenu une négligence caractérisée commis par le bailleur, ce qui justifie sa mise en examen.
En ce jour, nous rendons hommage à Jacqueline Roels, qui a perdu la vie dans cette catastrophe. Nous exprimons notre solidarité envers les deux cent cinquante habitants qui ont vu leur quotidien bouleversé, contraints de quitter précipitamment leur logement et traumatisés par la violence de cet incendie.






