Le 1er juin 2009, le vol AF447 d’Air France reliant Rio de Janeiro à Paris s’écrasait dans l’océan Atlantique, emportant la vie de 228 personnes de 32 nationalités différentes, dont 72 Français. Ce drame demeure la plus grave catastrophe aérienne de l’histoire de la compagnie française.
Au cours de la traversée de la zone intertropicale, surnommée le « Pot-au-noir », l’avion entre dans une zone orageuse intense. À 2h10 du matin, les sondes Pitot, essentielles pour mesurer la vitesse de l’appareil, givrent sous l’effet de cristaux de glace. Privés de données fiables, les pilotes sont désorientés. En moins de cinq minutes, l’A330 entre en décrochage et s’écrase dans l’océan.
Les recherches pour retrouver l’épave et les boîtes noires ont pris près de deux ans. En avril 2011, des débris sont localisés à 3 900 mètres de profondeur. Les enregistreurs de vol sont récupérés en mai de la même année, permettant d’analyser les dernières minutes du vol. Les conclusions du Bureau d’Enquêtes et d’Analyses (BEA) pointent le givrage des sondes Pitot comme facteur déclencheur, mais soulignent également des erreurs humaines dans la gestion de la situation.
Treize ans après le drame, le procès d’Air France et d’Airbus s’ouvre en octobre 2022. Les deux entreprises sont renvoyées devant le tribunal correctionnel pour homicides involontaires. Le parquet, dans ses réquisitions, estime qu’aucune faute pénale n’est établie, soulignant que les incidents liés aux sondes Pitot étaient connus mais n’avaient jamais conduit à une perte de contrôle de l’appareil.
Le 17 avril 2023, le tribunal rend son jugement : Air France et Airbus sont relaxés. Les juges estiment qu’aucun lien de causalité certain entre les manquements reprochés et l’accident n’a pu être démontré, alors qu’ils avaient pourtant relevé plusieurs fautes d’imprudences de la part des deux entreprises.
Le verdict laisse les familles des victimes dans une profonde incompréhension.
Après treize années de combat judiciaire, cette décision est vécue comme une injustice.
Les proches dénoncent un sentiment d’impunité pour des acteurs majeurs du transport aérien.
« Comment peut-on mourir à cause d’un enchaînement de dysfonctionnements, de manquements, et qu’il n’y ait aucune responsabilité reconnue ? », interroge une mère endeuillée. De nombreuses familles, réunies au sein de l’association Entraide et Solidarité AF447, expriment leur colère face à un verdict qu’elles estiment déconnecté des faits et de la souffrance vécue.
La reconnaissance morale de la responsabilité des deux entreprises par le tribunal, bien que présente dans les motivations du jugement, reste largement insuffisante aux yeux des proches.
Soutenues par la FENVAC, et notamment par Maître Sébastien Busy — avocat de plusieurs familles de victimes — les parties civiles avaient sollicité le parquet général pour qu’il fasse appel du jugement. Sensible à leurs arguments, Rémy Heitz, Procureur Général près la Cour d’appel de Paris, a finalement décidé d’interjeter appel.
Les familles attendent désormais la tenue d’un second procès, dans l’espoir d’obtenir la reconnaissance judiciaire de la responsabilité dans la perte de leurs proches. La FENVAC continuera de les accompagner et de les soutenir tout au long de cette nouvelle étape judiciaire.
Nous n’oublions pas.





