Le 16 octobre 2020, l’enseignant Samuel Paty fut assassiné à Éragny-sur-Oise, près du collège où il enseignait à Conflans-Sainte-Honorine.
Samuel Paty était directement visé par cet attentat. Abdoullakh Anzorov, l’avait suivi quelques instants auparavant, après avoir obtenu, via deux collégiens, son identité et son itinéraire. Armé d’un couteau d’une lame d’une trentaine de centimètres, il le poignarda puis le décapita en criant « Allah Akbar ». Une attaque planifiée et préparée : Abdoullakh Anzorov a été conduit aux abords du collège par un complice, a patiemment attendu des élèves pour l’identifier.
Pour comprendre ce drame, il faut revenir aux jours précédents : le 6 octobre, dans le cadre d’un cours d’enseignement moral et civique sur la liberté d’expression, Samuel Paty avait montré aux élèves deux caricatures de Mahomet issues du journal Charlie Hebdo. Il avait laissé le choix à ceux qui le souhaitaient de détourner le regard ou de quitter la salle quelques instants. Ce contexte, attesté par une note des services de renseignements territoriaux, visait à ne pas imposer une représentation à des élèves pouvant être choqués. Cependant, un parent d’élève, Brahim Chnina, diffusa sur les réseaux sociaux une version mensongère selon laquelle sa fille aurait été exclue du cours pour avoir refusé de regarder l’image. Or sa fille était absente ce jour-là. S’appuyant sur ce mensonge, il publia plusieurs vidéos dénonçant l’enseignant. Des fausses publications qui ont été relayées par des mineurs et par sa propre fille. Il fut rejoint dans cette campagne par Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste, qui amplifia les dénonciations, cherchant à faire de Samuel Paty une « cible » par voie numérique.
Lorsque le procès des jeunes mineurs impliqués eut lieu, six d’entre eux furent jugés pour association de malfaiteurs et condamnés en 2023 par le tribunal pour enfants, tandis que la collégienne fut condamnée pour dénonciation calomnieuse. Le procès des adultes s’ouvrit fin 2024 devant la cour d’assises spéciale de Paris. Pendant sept semaines, le débat s’efforça de reconstituer les responsabilités à chaque degré, de la haine numérique à la violence physique. Le 20 décembre 2024, la cour reconnut les huit prévenus coupables d’assassinat ou de complicité dans l’acte terroriste. Deux amis de l’auteur, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, furent condamnés à 16 ans de réclusion criminelle chacun pour complicité d’assassinat terroriste. Brahim Chnina fut condamné à 13 ans pour association de malfaiteurs terroristes en tant qu’instigateur de la campagne diffamatoire, Abdelhakim Sefrioui à 15 ans pour avoir organisé la diffusion de messages hostiles à l’enseignant. Le procès en appel de quatre d’entre eux se tiendra début 2026.
L’effroi et l’émotion causés par cet attentat fut national, les hommages immédiats et nombreux. Le 18 octobre, une cérémonie nationale eut lieu à la Sorbonne où fut lue la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs. On observa dans tous les établissements scolaires une minute de silence. Dans les rues, des milliers de citoyens se rassemblèrent, souvent sous les mots « L’école pleure, mais n’a pas peur ». Une marche blanche partant du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine réunit élus, enseignants, élèves et citoyens. Des plaques commémoratives furent posées, des établissements et des squares furent nommés Samuel Paty. Tous les 16 octobre, un hommage est rendu pour commémorer ce drame rappelant qu’il touche à l’engagement de la République dans sa mission d’éducation, de protection de la liberté et de résistance contre l’intimidation et le fanatisme.
Nous rendons hommage à Samuel Paty.
Fleurs et messages déposés au lendemain du drame devant le collège du Bois-d’Aulne






