MÉMOIRE I N’oublions pas les victimes de la catastrophe du vol AH 5017 d’Air Algérie survenue le 24 juillet 2014

Le 24 juillet 2014, le vol AH 5017 d’Air Algérie, affrété par la compagnie espagnole Swiftair, s’écrase au Mali, près de Gossi, dans une zone désertique et difficile d’accès. L’avion, un McDonnell Douglas MD-83, avait décollé de Ouagadougou en direction d’Alger avec 116 personnes à bord. Il n’y a eu aucun survivant.

Les victimes étaient de 19 nationalités différentes : 51 Français, 28 Burkinabè, 6 Espagnols (membres de l’équipage), 6 Algériens, 6 Libanais, 5 Canadiens, 4 Allemands, 2 Luxembourgeois, ainsi qu’un passager pour chacune des nationalités suivantes : Belge, Franco-Camerounaise, Franco-Chilienne, Franco-Malienne, Égyptienne, Nigérienne, Anglaise et Suisse. Parmi les Français figuraient plusieurs familles entières, dont sept membres d’une même famille originaire de l’Est de la France.

Photo de la stèle commémorative construite à Ouagadougou en mémoire des 116 victimes de la catastrophe du vol AH5017

Selon les conclusions de l’enquête technique menée par le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA), l’avion a rencontré une zone de forte convection orageuse en altitude. En l’absence d’activation du système antigivrage moteur, une accumulation de glace sur les sondes de pression a conduit à une mauvaise indication de la poussée moteur. Le système de pilotage automatique, trompé par ces données erronées, a réduit la poussée. L’appareil a progressivement perdu de la vitesse jusqu’au décrochage. L’équipage n’a pas réussi à reprendre le contrôle, et l’avion s’est écrasé brutalement. L’enquête a aussi mis en lumière de graves insuffisances dans la formation de l’équipage et dans les procédures internes de la compagnie.

Sur le plan judiciaire, deux procédures ont été ouvertes. En Espagne, pays de la compagnie exploitante, les poursuites ont été suspendues. La législation espagnole n’autorisait pas alors de mise en cause pénale d’une personne morale pour homicide involontaire. En France, une instruction a été confiée à deux juges du pôle accidents collectifs du Tribunal judiciaire de Paris. En juin 2017, Swiftair a été mise en examen pour homicide involontaire. Plusieurs rapports d’experts ont confirmé de nombreuses défaillances dans l’exploitation de l’avion, la supervision des équipages, ainsi que le suivi des procédures en situation de givrage.

Alors qu’une audience en correctionnelle était envisagée, une question préjudicielle a été posée à la Cour de Justice de l’Union Européenne - CJUE par la défense de Swiftair. Elle portait sur le principe du «  non bis in idem  », c’est-à-dire l’interdiction de juger deux fois les mêmes faits dans deux pays différents. En avril 2025, la CJUE a jugé cette question irrecevable, rendant possible la reprise de la procédure en France.

À ce jour, les familles des victimes espèrent vivement que le Tribunal ne fera pas droit à la demande d’envoi d’une nouvelle question préjudicielle à la CJUE afin de permettre la tenue d’un procès en 2026, plus de 11 années après la catastrophe.

Chaque année, elles se rassemblent pour commémorer la mémoire des 116 victimes dans l’Allée du parc de Bercy à Paris dédiée à ce drame. Ce lieu de recueillement, inauguré en présence des proches et de l’association des familles de victimes AH 5017 Ensemble, est devenu un symbole de mémoire, mais aussi de mobilisation pour la vérité, la justice et la sécurité aérienne.

Derrière les faits techniques, les responsabilités juridiques et les lenteurs judiciaires, ce sont 116 vies brisées et des centaines de familles qui attendent, encore aujourd’hui, des réponses à la hauteur de leur douleur.

Ne les oublions pas.

Panneau commémoratif au parc de Bercy à Paris

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