Près de dix-sept ans après le crash du vol Rio-Paris AF447, la Cour d’appel de Paris a condamné hier Airbus et Air France pour leur responsabilité dans la catastrophe du 1er juin 2009 qui avait coûté la vie à 228 personnes. Les deux entreprises ont été condamnées à 225 000 euros d’amende chacune. Une décision accueillie avec soulagement par les familles des victimes, qui attendaient depuis des années une reconnaissance judiciaire des défaillances ayant conduit au drame.
En première instance, Airbus et Air France avaient été relaxées au pénal, malgré la reconnaissance par le Tribunal de plusieurs fautes et manquements dans la chaîne des événements ayant conduit à l’accident. Cette décision avait suscité une profonde incompréhension chez les proches des victimes.
Lors de l’audience de délibéré du 21 mai 2026, la présidente de la Cour d’appel a longuement détaillé les fautes retenues contre les deux sociétés.
Concernant Airbus, la Cour a estimé que le constructeur avait sous-estimé la dangerosité de la défaillance des sondes Pitot et n’avait pas suffisamment informé les compagnies exploitantes sur les risques liés à cette panne. La Cour a également rappelé que le rôle du constructeur dans la formation des équipages des compagnies aériennes est essentiel, malgré les propos contraires d’Airbus tenus lors des débats.
S’agissant d’Air France, la Cour a considéré que la compagnie n’avait pas suffisamment informé ses équipages sur cette défaillance technique et qu’elle ne les avait pas formés à faire face à une telle situation en vol. Pour la Cour, ces carences ont contribué à placer les pilotes dans une situation pour laquelle ils n’étaient pas préparés.
La présidente a tenu à souligner que les pilotes « s’étaient battus jusqu’au bout » pour tenter de récupérer l’appareil. Elle a estimé qu’aucune carence de leur part n’aurait permis de modifier l’issue dramatique du vol, écartant ainsi toute responsabilité individuelle des membres d’équipage.
Au cours de l’audience, la Cour a également insisté sur la portée symbolique et historique du dossier, rappelant que ce drame avait « marqué à jamais la communauté aéronautique ». La présidente a critiqué le positionnement adopté par Airbus et Air France tout au long de la procédure, soulignant que les deux sociétés « n’ont pas changé de ligne de défense pendant seize ans malgré les éléments du dossier ». La Cour a dénoncé « une inertie fautive » de la part des deux entreprises, rappelant qu’Airbus était pourtant « un constructeur influent » et qu’Air France était « une compagnie majeure ».
Lors des débats, la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs était représentée par Me Busy, également avocat de l’association de victimes, créée avec l’aide de la FENVAC après la catastrophe, AF447 Entraide et solidarité.
Malgré cette condamnation, le combat judiciaire est loin d’être terminé. Airbus et Air France ont annoncé qu’ils formaient un pourvoi en cassation, prolongeant encore une procédure particulièrement éprouvante pour les familles des 228 victimes, qui attendent depuis seize ans une reconnaissance définitive des responsabilités dans la mort de leurs proches.






